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Début
2005 je crois, François Bon et le site de littérature
remue.net avaient relayé l’appel aux bonnes volontés pour la
transcription. C’est par leur intermédiaire que j’ai eu
connaissance de ce projet, qui m’a immédiatement enthousiasmé
et donné envie de rejoindre l’équipe.
En effet, il me semble qu’internet doit servir à cela, au
partage sans but lucratif.
Et
puis, il n’y avait même pas à réfléchir, je le devais bien
à mon cher Gustave… Notre cher Gustave… A la lecture de son
énorme Correspondance il est possible de le rencontrer puis de faire sa
connaissance, voire de devenir un intime du génial ronchon. Au
travers aussi des Souvenirs
littéraires de son ami Maxime Du Camp – tout comme
lui fils de chirurgien.
Médecin
spécialiste en imagerie médicale, je me suis naturellement
tourné vers le passage, parfois assez technique, précédant
l’intervention sur le pied bot d’Hippolyte, où Charles prépare
l’intervention en même temps que Gustave élabore son texte.
Sinon, bien sûr, je lis, de façon assez éclectique, surtout
les auteurs français contemporains. J’ai toujours préféré
la fréquentation d’un bon auteur ou d’un bon réalisateur
à celle des milieux sportifs… Et je me dérobe rarement
devant les plaisirs de la table !
J’écris,
aussi (depuis tout petit, et plus sérieusement depuis une
dizaine d’années). Quelques-uns de mes textes sont
accessibles sur le site remue.net précédemment nommé ;
ils vous en diraient plus sur moi que je ne saurais le faire.
Pour le reste – j’évoque ici une publication de mon
vivant –, les aléas économiques touchant de plein fouet
l’édition dite petite n’ont pas (encore !?) permis que
mes efforts soient couronnés de succès, un éditeur ayant même
accepté mon dernier texte peu avant de déposer le bilan…
Mais
revenons à Flaubert : comme d’habitude, il réunit une
imposante documentation, lit des traités, s’intéresse au
Docteur Vincent Duval (dans ce temps-là on pouvait diriger un
service d’orthopédie pendant plus de quarante ans), dont le
fils Émile suit les traces et écrira un Traité pratique et philosophique (sic) du pied bot, etc… etc…
C’est dire que si la tâche elle-même, parfois ardue –
chaque transcripteur pourrait en témoigner – a été
passionnante, ce fut un régal aussi de se disperser un peu,
d’aller faire un tour dans les méandres des à-côtés,
d’imaginer combien un copiste qui respecte plus ou moins la
ponctuation, ça devait l’agacer, le cher Gustave…
Et ces mails échangés avec Danielle Girard, si chaleureuse et
patiente : « merci pour ce dimanche dédié à la
science stréphopodique »… !
En effet l’auteur note:
opérations
de
stréphopodie
tout en dérapant un peu vers le littéraire :
Strophopodie (!)
Il précise consciencieusement :
Stréphocatopodie
Stréphendopodie
Stréphexopodie
Stréphypopodie
Stréphanopodie
Entame dans la marge une danse folle qui donne le tournis :
les différentes dérivations (ici
on voit que Gustave hésite entre « déviation » et
« dérivation », la graphie est distordue, elle a du
mal à rattraper la pensée)
de
pied bot en bas en
dedans
et en dehors
et
en dedans
Ainsi donc, après de longs détours, d’interminables
préparatifs, couper le tendon...
Couper le cordon ?
Bien
sûr, sans savoir que Florence Emptaz l’avait remarqué avant
moi dans sa thèse (que me signalerait ultérieurement Danielle
Girard), je n’ai pu m’empêcher d’y voir quelque règlement
de comptes avec le père, Achille-Cléophas (ancien interne du
grand Dupuytren, tout de même !), qui mourra après avoir
été opéré par son fils Achille, le frère aîné, médecin
comme lui et son successeur, d’un abcès à la cuisse…
Et
le vilain petit canard devenu le plus fameux des Flaubert d’écrire :
l’opération n’était pas difficile. Oui, on dirait bien que
Papa est descendu de son piédestal… |