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Je
m’appelle Chiara Pasetti, je suis née et je vis dans le nord
de l’Italie et j’ai un petit garçon d’un an qui
s’appelle Michele.
La première fois que j’ai lu Flaubert et Madame Bovary,
j’avais seize ans.
Il m’a littéralement « foudroyée ». J’ai senti
que quelque chose entre moi et lui venait de commencer, une
sorte d’affinité élective, mais aussi de « relation
amoureuse ». J’ai souvent pensé que si j’avais vécu
à son époque, j’aurais été sa Muse, et comme la vraie, je
me serais souvent disputée avec lui… !
J’ai terminé mes études au lycée avec un petit mémoire sur
« La femme à la conquête de son identité sexuelle féminine »,
et j’ai naturellement parlé d’Emma. J’ai commencé à
cette époque-là à m’intéresser, en plus de l’œuvre, à
l’homme, et donc j’ai dévoré les volumes de la Correspondance ;
ses lettres restent, comme a dit Mario Vargas Llosa, les livres
dont je ne me sépare jamais, mon « livre de chevet »,
à lire et à relire toute la vie. J’ai fort heureusement une
très bonne mémoire (et ça, c’est un des points communs avec
mon Flaubert… il y en a beaucoup d’autres, profonds ou plus
frivoles, comme notre signe zodiacale, le Sagittaire !), et
ma mémoire m’aide à savoir par cœur quelques-unes de ses
lettres que j’aime le plus.
J’ai fréquenté l’Université Statale de Milan, cours de
lettres et philosophie, et pendant les années universitaires,
j’ai lu les autres œuvres de mon écrivain préféré,
arrivant à la conclusion qu’il est véritablement un génie
de la littérature de tous les temps, et un homme très intéressant,
pleins de contradictions qu’un jour j’aurais le temps de
sonder… Et ce temps est arrivé, parce qu’au moment de
choisir mon sujet de thèse (en esthétique), j’ai décidé
d’écrire sur Lui. J’ai consacré plus de deux ans de ma vie
à la lecture de presque toutes les études critiques les plus
importantes sur Gustave Flaubert, et j’ai écrit ma thèse sur
ses œuvres de jeunesse (pas encore très connues ni traduites
en Italie), vues en relation avec les œuvres de la maturité,
en particulier avec Madame Bovary. Le titre de ma
thèse en philosophie était emprunté à l’une de ses lettres
de jeunesse : « C’est mon vieil amour, c’est la même
idée fixe : écrire », sous-titre « La
Tentation perpétuelle de Gustave Flaubert ».
J’ai eu le bonheur d’avoir pour directeur de thèse le
professeur d’histoire de l’historiographie philosophique
Piero Giordanetti, qui m’a donné une presque entière liberté,
et donc j’ai pu mener une recherche sur de nombreuses thématiques
qui dès ma jeunesse m’ont fascinée.
En particulier j’ai concentré mon attention sur les deux
facultés de Flaubert, que j’ai nommées « fantastique-romantique »,
et « critique-réaliste ». La première m’a porté
à étudier ses rêves, la deuxième son inclination au vrai et
son amour du grotesque.
L’étude des rêves (et des hallucinations, des états de rêverie)
dans la vie et dans l’œuvre de Flaubert a continué aussi après
ma soutenance de thèse à être l’objet de mon intérêt et
de mes études. J’ai eu la grande opportunité de travailler
sur les brouillons de Madame Bovary, en
particulier à la scène des hallucinations d’Emma, grâce à
l’amitié qui depuis deux ans me lie au Professeur Leclerc.
Je l’ai contacté peu avant ma soutenance de thèse, en 2004,
parce qu’il est le principal point de repère pour quiconque
étudie Flaubert. J’ai eu le bonheur de le connaître dans la
ville de Flaubert, où il habite, et de partager avec lui
l’amour et la passion pour le Grand Homme, comme désormais
nous appelons Flaubert. Avec et autour du Professeur Leclerc
travaille une équipe de chercheurs, passionnés, qui aurait
rempli Flaubert d’orgueil ; ils sont vraiment « sa
famille éternelle dans l’humanité ».
Mes projets d’études pour l’avenir sont encore une fois liés
à Flaubert, et je crois qu’ils le seront toujours ;
d’abord, la Revue Flaubert n° 6, consacrée
aux rêves et aux différents états limites de la vie psychique ;
ensuite le doctorat à l’Université de Rouen, dirigé par le
Professeur Leclerc (ce qui me conduira souvent dans la ville de
Flaubert, dans ses lieux, sur sa tombe que j’aime visiter, si
blanche, si pure…), une collaboration avec mon directeur de thèse
de Milan pour interroger aux examens de philosophie, des
articles que je projette d’écrire bientôt, sur Flaubert mais
aussi sur les philosophes que j’aime le plus, Nietzsche,
Schopenhauer, Spinoza, Montaigne… et, j’espère, beaucoup
d’autres choses que je ne sais pas encore.
Pour le moment, je sais seulement que j’ai encore beaucoup à
découvrir et à étudier sur Gustave Flaubert, et s’il avait
raison, citant Hippocrate, d’écrire : vita brevis,
il avait encore plus raison en écrivant : ars longa…
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